Les shapers respectifs des stations Paradiski nous présentent leur quotidien. Jérome Coursodon et Eric Libert sont shapers aux Arcs. Thomas Besse-Girlando est le "boss" d'une équipe de 5 personnes à La Plagne. Il gère ainsi son adjoint Mathieu ( aussi juge national en freestyle, pisteur et moniteur), une deuxième main qui est également bien implanté dans le milieu en tant que speaker, pisteur, moniteur et animateur et trois autres shapers.
Pour Paradiski-angels, ils ont laissé leurs machines et leurs pelles et ont répondu à nos questions.
Parle nous de ton parcours pro !
Jérome et Eric: Eric et moi-même travaillons dans le milieu du snowboard depuis une dizaine d'années. Avant le snowpark des Arcs, nous étions techniciens de terrain pour la fédération française de snowboard, sur les sites de compétitions de pipe et de boardercross.

Jérome: Shaper aux Arcs.
Thomas : Après quelques années en équipe de France de ski de bosses, j'ai enseigné le ski pendant deux ans et coaché les jeunes du club des sports en freestyle.
Puis, j'ai travaillé 4 ans avec Olivier Cotte en tant que shaper et organisateur du Bouygues Freestyle Tour.
Et depuis 4 ans, je suis responsable et shaper des différentes zones freestyle de La Plagne.
Thomas: Shaper à la Plagne. Photo extraite de la vidéo.
Est-ce que c'est un métier choisi par passion ?
Jérome et Eric : C'est un métier choisi par passion pour la glisse en général et pour le métier de shaper. Un métier physique et créatif qui reste très varié, contrairement à ce qu'on pourrait croire.
Thomas : Evidemment par passion!.. Etre tous les jours dans le milieu de la glisse est une chance...
En quoi consiste la mission de shaper ?
Jérome et Eric : Imaginer, créer et mettre en forme les différents modules et boardercross pour le snowpark ainsi que les modules "spéciaux" pour les événements.
C'est aussi assister la machine dans les constructions, s'assurer que les modules soient sécurisés: on les teste avant leur ouverture aux clients. On met en place les équipements pour la sécurité et la "Cool Zone". Nous avons un code couleur qui permet aux riders de choisir les modules en fonction de leur niveau. Et, pendant les heures d'exploitation, on surveille et on informe les clients.
Thomas : En clair, il faut construire un module ou un site de freestyle sur un site donné.
Il faut évaluer la déclivité du site, la quantité de neige à disposition avec la distance où elle se trouve, ce qui déterminera la mise en oeuvre.
La déclivité moyenne du site est importante car elle détermine la vitesse du rider et le positionnement des modules en découle.
Une fois tout cela bien étudié et intégré, nous mettons la neige en place avec les engins de damage. Une bonne vision des volumes dans l'espace est primordiale.
Et pour finir, tout bien fignoler pour que les modules soient beaux, sécurisés et attirants.
Décris nous une journée type au snowpark …
Jérome et Eric: Arrivée à 9h sur le site, vérification de l'entretien fait plus tôt le matin par nos chauffeurs. Petite réunion avec ces derniers pour définir le "chantier" de la matinée, comme refaire les kicks ou remodeler une bosse.
Avant l'ouverture, on fait le tour des modules pour mettre un coup de pelle et on installe les portes du boarderglisse. Ensuite on installe la cool zone et la journée peut commencer, en musique bien sûr !
Thomas : Nous ouvrons les zones en vérifiant que tout soit en place et sécurisé, il y a toujours un peu de fignolage et ensuite nous accueillons les clients et nous gérons les flux de riders sur les zones ludiques. Et si nous sommes en périodes scolaires, il y a une animation à gérer sur un des 6 sites.
Tu peux nous faire la présentation du parc ?
Jérome : Le snowpark est concu pour être accessible au plus grand nombre, du débutant au professionnel. D'où le code couleur vert, rouge, noir, expert.
Actuellement, nous avons 13 kicks (4 verts, 3 rouges, 4 noirs et 2 experts), un rail plat-descente de 14m de long, des boxs (de 3 à 8m de long) et un wallride de 8m de large pour 2m50 de haut.
Le 15 janvier nous aurons trois nouveaux rails : une rainbow en T-box de 12m, une banana box de 8m et une junior box de 6m. Et, plus tard dans la saison, nous aurons un rail spécial à l'effigie de notre partenaire : Vans.
Thomas : Cet hiver le snowpark change de site, il y a une zone ludique en amont et une zone plus engagée en aval avec des canons à neige, et des grosses pentes pour les landings.
Nous nous centralisons sur le secteur de Belle Plagne / Plagne Bellecôte, avec les boarders cross et les deux pipes.
Et tu es content de ton park ? Il te manque quoi ?
Jérome : C'est vrai qu'on est assez fiers de notre park. Déjà du fait de la fréquentation, presque 600 000 passages l'an dernier. Ensuite, il y a notre politique qui consiste à préférer la qualité à la quantité. Et notre souci principal c'est que le snowpark soit bien entretenu tous les jours pour éviter le plus d'accidents possibles.
On est dans une perspective d'évolution, en rajoutant tous les ans de nouveaux modules, tout en gardant la base, c'est à dire un snowpark évolutif et ouvert à tous. Si on avait les moyens financiers et humains, on aimerait bien faire deux half-pipes (un débutant et un expert). Et, peut être créer une nouvelle zone plutôt réservée aux bons et très bons freestylers.
Alors que vous êtes l'une des dernières stations en France à exploiter un half-pipe, quel est votre positionnement à ce sujet?
Thomas : Aujourd'hui pour une station c'est un luxe d'avoir un half-pipe. Cette année nous en avons un nouveau aux normes FIS, pour accueillir la Finale de la Coupe Du Monde de Freestyle. C'est une discipline difficile où il faut y aller par étapes, nous proposons donc 2 half-pipes qui sont en front de neige: un petit de 3,5 m de haut, et un autre de 5,5 m.
Quels sont les différents types de clientèle ?
Jérome : Tous types de clients, du jeune débutant en passant par la famille complète, y compris les plus agés, les utilisateurs plus avertis et les freestylers de tous genres.
Thomas : Nous avons surtout une clientèle familiale.
Il est comment le freestyler type ?
Jérome : Deux types de glisse cohabitent dans le snowpark, les skieurs et les snowboarders. En terme de look, les deux se ressemblent avec des vêtements amples et à la mode. Avec quand même des petits détails qui font leur style, comme le foulard tels les cowboys, ou la musique dans les oreilles. Un look qui s'accorde et qui permet de montrer qu'ils pratiquent le freestyle.
Thomas : Aujourd'hui, selon moi, il n'y a plus de freestyler type. Les bons exemples sont Kevin Rolland ou Julien Régnier, tous deux de La Plagne. Deux facons bien différentes d'aborder la discipline et pourtant la même passion...
Est ce qu'il y a des contests /animations organisés sur le park ? et des tests matos?
Jérome : Ce n'est pas notre première fonction d'organiser des événements et animations donc nous ne sommes pas très riches à ce niveau là. Quelques intervenants extérieurs peuvent organiser des petits contests ou un boardercross mais cela reste assez rare. En moyenne il y a deux contests par hiver et quelques mini boardercross.
Pour l'instant on n'a pas eu de tests matos sur le snowpark, mais c'est une idée qui pourrait se développer. Mais en fin de saison, une équipe de testeurs pros utilise notre park pour des tests pour la presse. Cela nous permet de faire parler de nous dans la presse spécialisée.
Thomas : En période scolaire, nous proposons 5 animations par semaine sur les 6 zones freestyle. Et aussi des contests saisonniers, et un Dj qui mixe sur le park.
Le 25 février, nous recevons le SFR Freeskiing Tour, pour une compétition de Half-Pipe en nocturne. Nous avons aussi la Finale de la Coupe du Monde de ski freestyle (skicross, ski de bosses et half-pipe). Et, la finale européenne de la Salomon JIB Academy en avril.
Nous proposons aussi des tests de matos, tout au long de l'hiver et une fois par semaine pendant les vacances scolaires.
Quels sont les moments forts de la saison ?
Jérome : Pour nous, le moment fort c'est lors de la création d'un module particulier pour la L.A. Session. Cela représente beaucoup de travail et d'investissement (au niveau créatif) pour créer ce module hors gabarit appelé "Perfect Jump". C'est un peu notre bébé, et l'année dernière ce fut une réussite. Rendez-vous en février prochain...
Thomas : Les moments forts de la saison sont les trois événements cités plus haut : le SFR Freeskiing Tour le 25 février, la Finale de la Coupe du Monde de ski freestyle du 18 au 22 mars, la finale européenne de la Salomon JIB Academy du 17 au 19 avril.
Ton avis sur le park de La Plagne / des Arcs ?
Jérome : Je ne connais pas le shaper, mais nous avons déjà été voir ce qu'il faisait. Il a de bonnes idées et des beaux sites.
Thomas : Je ne connais pas les shapers, mais j'aimerais bien les rencontrer, merci de faire les présentations.
Le park est situé sur une zone assez plate, bien hermétique, avec il me semble des canons à neige. Les modules sont bien shapés, et les lignes bien distinctes et espacées. Il manque néanmoins des aménagements urbains (rail et box) , et une grosse ligne qui envoie sévère.
Photo extraite de la vidéo. Shaper à la Plagne. |